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 Hana Bi, de Takeshi Kitano (1997)

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Lambègue
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MessageSujet: Hana Bi, de Takeshi Kitano (1997)   Jeu 27 Jan - 20:56

Note introductive emmerdante et sans interêt.
Cet article poursuit le tour primitif que je veux faire de mes réalisateurs fétiches : après Miyasaki et Burton, voici donc Kitano. Eastwood, dont j'ai parlé au cours d'un article, a un statut particulier. Quoi que j'en aime une très majeure partie de la filmo, il ne me touche au final pas aussi grandement, ni souvent que ces trois la. Enfin, surtout le Eastwood d'avant Impitoyable. Burton, Miyasaki, Kitano : peut être les trois seuls réalisateurs qui à mes yeux ont fait un sans faute complet. Attention, j'ai des préférences pour certains de leurs films respectifs : mais les trois n'ont rien fait qui m'ait déçu, et que je n'aime revoir avec un plaisir conséquent (c'est pour Pulp Fiction que Tarantino est exclu de ce classement. Et Kubrick, pour Lolita, une partie de Full Metal Jacket en en partie Eyes Wide Shut, même si le cas de ce dernier est plus discutable. Je reviendrais la dessus un jour.)
Mais Kitano, Burton et Miyasaki (deux japonais dans le tas, pas fait exprès), j'y reviendrai souvent. Comme ça, vous serez prévenu. et si je devais vous conseiller sur comment appréhender au mieux leurs filmographies respectives, je vous répondrai : en voyant tout. A eux trois, ça fait jamais que 40 films.
Comment, vous avez lu cette note introductive ? Franchement, je vous avais pas dit que ça allait être chiant ?
Bon bon bon. Allons, venons en à notre sujet de discussion, celui que vous conaitrez si vous avez pris la peine de lire le titre de ce sujet, et de le retenir.
Merci, nous pouvons y aller.
Hum, hum, hum.


Au moins, on pourra pas dire que l'affiche est pas claire : ceci n'est pas un film joyeux. Venant de Kitano, ceci dit, c'est sympa de prévenir. Surtout pour les japonais, comme vous allez le voir dans la présentation biographique de l'auteur qui suit. Ou alors vous ne regardez que les images de l'article, petit analphabète !


Takeshi Kitano, né le 18 janvier 1947 dans l'arrondissement d'Adachi à Tokyo, est un symbole de l'artiste à personnalités multiples : en tant qu'animateur télé et chanteur, c'est un homme agité, optimiste, à l'humour potache et allégrement vulgaire (pour exemple, il a fait un concert avec une guitare en forme de phallus). En tant qu'acteur, on garde de lui l'image d'un homme qui, avec ou sans ses récurentes lunettes de soleil, garde un visage souvent très inexpressif, confinant en lui ses émotions. En tant que réalisateur, enfin, il oscille perpétuellement entre violence et poésie, et ce depuis son Violent Cop.
Hana Bi est peut être son film ou la mélange des différents Kitano est le plus flagrant : au fond, seul Beat Takeshi le potache est absent. Toutes ses autres facettes apparaissent, se mélangent, se magnifient pour signer son œuvre la plus dérangeante avec Sonatine.
A l'époque de ce film, Kitano a acquis une certaine réputation internationale, surtout grâce à son Sonatine. Cependant, au Japon il reste assez peu considéré en tant que réalisateur, car les japonais avaient souvent tendance à le considérer seulement comme un homme manquant de sérieux, conséquence de ses émissions télés. En même temps, on peut les comprendre : vous donneriez un quelconque crédit à un film réalisé par Patrick Sébastien, vous ?1
Mais Kitano fait bien partie de nos plus grands réalisateurs actuels, et personnellement j'ai adoré chacun de ses films. Je regrette d'ailleurs de n'avoir pu voir que Outrage dans une salle de cinéma.


Takeshi Kitano. Un génie.

Hana Bi n'est pas forcément son plus abordable, mais il constitue comme je l'ai montré auparavant une réelle synthèse de son œuvre, du moins de la première moitié de celle ci, avant le virage qu'il entamera avec Dolls, et poursuivra sur Zatoichi, Takeshi's, Glory to the film maker, et Achilles et la tortue.

Le film nous raconte l'histoire d'un policier, Nishi, rongé par le remord car s'accusant de la mort de trois de ses collègues, et de la blessure paralysante d'un autre, qui était aussi son meilleur ami. C'est aussi un homme profondément triste, parce que sa fille est morte, et que sa femme est condamnée par une maladie : de plus, cette dernière est enfermée dans le mutisme depuis la mort de sa fille. Nishi lui même ne parle pas beaucoup.
Ca vous semble beaucoup ? Mais c'est sans compter l'extraordinaire finesse du réalisateur, qui nous fait croire à tout ça, jusqu'au plus profond de nous même. Jusqu'aux larmes. Car oui, Hana Bi est un film tout aussi triste que son personnage principal. Les feux d'artifices du titre n'ont rien de réellement. Soit ils ne brillent pas assez, soit ils sont meurtriers.


Nishi et sa femme.

Ce film porte une des marques de fabriques de Kitano, à savoir qu'il reste toujours très calme : le réalisateur est toujours aussi adeptes de longs plans séquences, mobiles ou figés, et la plupart du temps la caméra se démarque par son agitation minimale. Et ce, même dans les instants de violence. Ainsi, nous avons l'impression de vivre comme une gigantesque contemplation, un mélange de sensations, de flashs. Ceci est aidé par le nombre finalement assez restreint de dialogues, et par le montage du film, jouant allégrement avec la chronologie. Certains plans se répètent à quelques minutes d'intervalles, alors qu'ils ne racontent qu'un même moment dans le film. On finit d'ailleurs par perdre toute notion de la chronologie en regardant Hana-Bi : Ceci est particulièrement marqué dans les séquences mettant en scène Horibe, l'ami de Nishi ayant perdu l'usage de ses jambes. Il peint. Contemple. Pense. En un cycle éternel. On ne le verra plus faire autre chose, à partir d'un certain temps. Puisque Nishi est parti, il est définitivement seul. Feu d'artifice tragique et pourtant un peu positif, de couleurs. Horibe, que l'on peut percevoir comme un Nishi qui serait parvenu à trouver une sorte de paix, ou du moins à accepter sa dépression, dans la peinture. Enfin plus ou moins, la dernière peinture que l'on voit de lui remettant en doute ce qui est peut être la seule lueur d'espoir de tout ce film.
Il est très intéressant de noter que c'est justement Nishi qui lui offre son équipement de peintre (et même le béret. Nous reviendrons par la suite sur la capacité de Kitano de provoquer le rire au milieu de sa tristesse) : on aura l'impression, au fil du film, que Nishi se désintéresse de plus en plus de lui même, pour ne plus penser qu'à ceux qu'il aime. Quand tout l'aura finalement quitté...Son travail, sa fille, sa femme, il finira d'ailleurs bien plus mal que Horibe, car personne ne sera la pour le retenir lui.


Nishi, ou le dégout final face à une violence qu'il a pourtant en lui sans la contrôler.

Kitano sait provoquer un attachement extrême pour ses personnages ; peut être par ce que chaque plan vise à les mettre à nu, et à les livrer entièrement à nous ; peut être par ce qu'il nous fait voir une partie du film à travers ce qui pourrait être leur pensée. Peut être aussi par ce qu'il sait oublier tout ce qu'il y a autour, pour se concentrer sur le personnage, ou sur ce qui le concerne : le braquage de banque de Nishi se fait en silence, et lorsqu'il voit ses trois collègues se faire tuer, on n'entend que le bruit des coups de feus, et celui de ses pas, tellement forts et blessants dans le silence.
Kitano réunit aussi une troupe d'acteurs formidables, chacun assumant pleinement les émotions à faire passer, tout en restant assez peu expressif pour que le spectateur ressente par lui même, comme un coup, une partie de celles ci. Il n'y a aucun doute que le visage inexpressif de Nishi cache un mouvement intérieur permanent de tristesse et de culpabilité, que le spectateur ressent finalement en lui même. On sort du film profondément touché, bouleversé en profondeur, état dans lequel seuls les plus grands films savent nous mettre.


Nishi et Horibe. Collègues et amis. Ou juste amis, même au dela de la perte. Presque frères.

Hana Bi est un film qui est aussi une vision de Kitano peintre, à travers le personnage de Horibe. Takeshi lui même, quelques années plus tôt, avait eu un grave accident de moto, qu'il qualifia plus tard de suicide inconscient, qui avait failli le tuer. Or toutes les peintures de Horibe dans Hana Bi sont celles de Kitano lors de sa convalescence. Il est évident que le réalisateur se projette à travers ce personnage, tout autant qu'à travers celui de Nishi, car comme je l'ai dit plus haut, ils ne sont en fait que deux évolutions possibles d'un même personnage. N'allez pas comprendre la que le réalisateur nous livre des personnages répétitifs, sans profondeur et semblable : il nous montre juste deux amis fort liés, tous deux passionnés, peut être un peu trop, par leur métier, tous deux capables d'excès de violence impressionnants (on en entendra parler pour Horibe, et on aura l'occasion de le voir pour Nishi), et tous deux perdants leur fille et leur femme et leur travail.
Pour revenir aux peintures, elles sont superbes, subliment la réalité, en enfermant en elle toute l'errance et la tristesse du peintre (et donc de Kitano, oui). Chacun des plans ou on voit le peintre et les peintures est un petit ravissement. Les incrustations brutales passent à merveille, parfaitement logiquement, atteignant souvent au sublime : je citerais la scène du magasin de fleurs, ou encore le tableau final, et la projection subite d'un fond de peinture sur celui ci. Choquant, au sens le plus mélioratif du terme.
En dehors des peintures, les plans d'aspect très pictural seront nombreux à travers le film, illustration suprême du mélange des deux Takeshis (le gant de Nishi dans la neige ; le plan final sur la mer, symbole d'évasion récurent chez Kitano, même si celle ci rate souvent (cf A Scene at the Sea, Sonatine, Aniki mon Frère, et même un peu Outrage)


Une des peintures vues dans Hana Bi. Représentant justement un feu d'artifice, comme quoi tout se rejoint.

Comme je l'ai dit plus haut, Kitano sait nous faire rire malgré la tristesse d'ensemble du film : en effet, Nishi tente de faire vivre quelques derniers jours magnifiques à sa femme. Cela passe par un voyage grandiose (il emprunte d'ailleurs beaucoup d'argent à des Yakusa, nous y reviendrons), pour la contemplation des plus beaux lieux du Japon. Les plus beaux, ou du moins c'est ce que Kitano parvient à nous faire croire par sa maîtrise de la caméra, et de tout le reste. Mais cela passe aussi par le rire. Il rendra sa femme heureuse, la fera rire à plusieurs reprises, et rira avec elle. De bon Cœur. Oubli, peut être, pour quelques secondes de la tristesse et de la mort imminente. On peut citer la scène du jeu de carte, ou encore celle du feu d'artifice ; à la réflexion, deux scènes au final assez prévisibles. Mais tellement maîtrisées qu'elles en sont sublimées, comme c'est souvent le cas chez Kitano (on peut ressentir la même chose face à certaines séquences de Kikujiro, film que l'on peut voir comme l'anti Hana-Bi ; dans Kikujiro, la joie prendra finalement le pas sur la tristesse. Ce film fait d'ailleurs aussi partie des plus grandes œuvres de Kitano.). La scène du feu d'artifice, qui au final est la plus symbolique sur l'évasion de la joie : elle ne vient que difficilement, ne brille que peu, et sa beauté n'est finalement qu'éphémère. Autour, et après, il n'y a que la nuit. Kitano ne cherche pas à nous leurrer sur la fin de son film. Il n'y aura pas de salvation possible pour Nishi dans l'avenir, et à peine plus pour Horibe. D'ailleurs comme je l'ai dit, l'avenir n'est qu'une notion relative dans un film qui anéantit en grande partie les structures du temps.


La peinture la plus triste qui soit.

Comme c'était le cas dans Sonatine, la violence est finalement assez rare dans Hana Bi, et les scènes réellement violentes sont peu nombreuses, même si certaines sont vues à plusieurs reprises. De plus, elles sont souvent assez brèves, à l'exception de la mort des collègues de Nishi. Cependant, par ce qu'elles sont environnées de calme, elles en deviennent toujours choquantes, et profondément blessantes. On voudrait croire que la violence puisse disparaître, tout en sachant pertinemment qu'elle ne le peut pas. Les policiers de Hana Bi sont aussi condamnés que les Yakusa de Sonatine.
Kitano, comme je l'ai dit plus haut, laisse souvent surgir dans ces séquences les bruits de coups, et de coups de feu : ils en deviennent d'autant plus blessants. Il laisse aussi couler des quantités conséquentes de sang, jusqu'à ce qu'on n'en puisse plus, jusqu'à ce qu'on ne tolère plus de voir s'écouler ainsi tant de vie.
Le sang devient peinture, la plus horrible de toutes.
Et l'avènement de la violence sera le finale du film, que l'on peut comparer à celui de Sonatine : les points communs entre les deux sont nombreux, jusqu'à la personne innocente et ingénue (ici, la jeune fille au cerf volant), qui contemple sans comprendre.


Vous vous souviendrez de ce cerf volant, je vous le garantis.

A la musique, Kitano retrouve son compositeur alors attitré (ils allaient se séparer après Dolls), Joe Hisaishi. Celui ci livre une partition discrète et simple, mais illustrant à merveille le film, et d'une beauté rare. Dans le long métrage ou en dehors, elle procure une sensation très puissante, et je la conseille à tous ceux qui voudraient entendre une musique émotionnellement très chargée (ce commentaire tient d'ailleurs pour une très grande partie des Bos de Joe Hisaishi).



En conclusion, ce film est un véritable chef d'Oeuvre, de Kitano peintre, de Kitano acteur, de Kitano réalisateur. Et il fait partie, sans doute possible, des indispensables du réalisateur, aux cotés de Sonatine, Kikujiro, Zatoichi, Dolls et Achilles et la Tortue. Ca vous semble une sélection bien vaste ? C'est que l'homme est bien grand.
Bravo, respectueusement.


Vu comme ça, on dirait pas, mais Kitano n'est pas juste un réalisateur pour dépressifs. Certains de ses films sont au contraire très joyeux.


Ceci dit, deux remarques ; premièrement, même en animateur, Kitano reste meilleur que Sébastien. Ensuite, oui, je sais que Patrick a réalisé un film, « T'Aime », et que ça ne méritait pas qu'on y accorde le moindre crédit, c'était affreusement mauvais...



Rédigé par Lambègue.

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