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 Ed Wood, de Tim Burton

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Lambègue
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MessageSujet: Ed Wood, de Tim Burton   Ven 21 Jan - 0:30



L'affiche du film, faisant référence à la fin du film Glen or Glenda.

Comme certains d'entre vous le sauront déjà, Tim Burton est un réalisateur que j'adore. Chacun de ses films me procure un lot de sensations formidables, et je les revois régulièrement, avec un plaisir toujours croissant.
Ainsi, pourquoi ai-je choisi Ed Wood pour ce premier article sur un de ses films ? Simplement par ce que c'est un de ses moins connus, et pourtant un de ses meilleurs.

Ed Wood est un réalisateur Américain, né en 1924 et mort en 1978, qui détient le titre de "Plus mauvais réalisateur de tous les temps". On pourrait probablement lui discuter ce titre au vu des productions cinématographiques que l'on peut voir parfois, mais ceci dit Ed Wood est probablement le plus mauvais réalisateur qui éprouve une réelle passion pour le cinéma, et qui y travaille en professionnel. C'est sans doute cette passion et le coté indéniablement personnel de ses films qui fait que Ed Wood est admiré par toute une génération de cinéphiles, aujourd'hui. Cependant, ne nions pas les fait : il n'a aucun talent, et par cela tous ses films étaient désespérément fauchés, mal écrits, mal joués, mal montés, brefs malades dans leurs moindres recoins.


Le réalisateur, interprété par Johnny Depp en plein tournage. C'est la deuxième collaboration Burton/Depp, après Edward Scissorhands. A noter que le film donne à Wood un gimmick génial, un "Cut ! T'was perfect !" concluant toutes ses prises. Caractéristiques de Wood, drôle et tellement beau.

Burton, dans ce film, décide donc de lui rendre hommage, en faisant un biopic du réalisateur (enfin ; réalisateur, scénariste, acteur, monteur et producteur, il accumule les fonctions avec un manque de talent toujours aussi impressionnant), se concentrant sur la période allant de 1957 à 1959, et donc sur le tournage de trois de ses films les plus célèbres ; Glen or Glenda, la Fiancée du monstre et Plan 9 from outer space. Vous trouverez un article sur chacun de ces trois films sur Nanarland, ce qui vous donne une idée de la teneur des métrages. D'ailleurs le réalisateur est assez culte et prolifique pour que le site lui consacre une section entière, qui parle du film de Burton dans un de ses articles.

On peut se demander à première vue comment Tim Burton, réalisateur à l'univers souvent un peu fantastique et fantasmé, peut faire un biopic ; au final, on découvre que l'univers de Wood est tellement inhabituel et parrallèle en lui même que Burton peut le décrire sans en rajouter, et nous livrer tout de même un des films les plus symboliques de ce que l'on pourrait appeler la Touche Burtonienne.
Première bonne idée ; Burton tourne en noir et blanc. C'est très beau, et ca rend beaucoup mieux l'univers délirant de misère de Wood. Pour pouvoir faire cela, il a du changer de studios, mais c'est une décision qui est de loin préférable à un tournage en couleur. Le film s'ouvre sur un générique qui surfe sur les codes du nanard ; Il a l'air très fauché, et nous introduit donc à ce que nous pourrons voir dans la suite du métrage. Au final, un générique de Tim Burton en grande forme, nous pouvons effectivement remarquer que chacun de ses génériques, mis à part dans Pee Wee et dans Alice in Wonderland, suit cette tradition d'introduire à l'univers du film, procédant par la présentation de certains de ses éléments.
On remarque d'ailleurs que Elfman n'est pas a la musique ; il s'était disputé avec Burton suite au tournage de l'etrange Noel...C'est donc Howard Shore qui le remplace et qui se débrouille plutôt bien, finalement, livrant une partition aux accents Elfmaniens assez indéniables. Cela n'empêche que je considère comme une excellente chose que le réalisateur se soit réconcilié avec son musicien presque attitré dès leur film suivant, car leurs collaborations à venir seraient d'un niveau assez incroyable.


Wood, tentant de vendre avec passion un de ses films.

Burton, dans ce biopic, apporte une vision particulièrement plaisante du personnage de Ed Wood : il n'essaie pas de nous dire que le réalisateur aurait toujours été un génie incompris, et ne se lamente pas ; Non, Burton est clair la dessus, Ed Wood est nul, désespérément. Cependant, il ne s'en moque pas réellement, même s'il nous arrive de rire du réalisateur ; on s'y attache, par ce que Burton insiste sur sa passion du cinéma, et nous montre qu'au fond, Wood reste profondément sympathique et respectable, par ce qu'ayant la psychologie et les volontés d'un grand réalisateur. Ne lui manque que le talent, de manière indéniable par contre.
Un autre point important de ce film est la relation qui est montrée entre Ed Wood et Bela Lugosi, point sur lequel Burton insiste particulièrement.


Deux amis. Une relation superbe et émouvante, portée par la caméra géniale de Burton, et le talent des acteurs.


Bela Lugosi est un acteur qui avait eu son heure de gloire, en jouant dans des films fantastiques souvent de série B, mais dont le rôle le plus célèbre reste celui de Dracula. A l'époque ou se déroule le film de Burton, Lugosi n'est plus qu'un drogué ayant perdu sa motivation, accablé de dettes, ne tournant plus. Mais Ed wood est fan de cet acteur, il l'idolâtre. Il aura la chance de le rencontrer (Burton, sur ce point, romance peut être un peu la rencontre : Ed Wood découvre son acteur alors que celui ci essaie des cercueils en prévision de son enterrement), et va donc le faire tourner dans Glen ou Glenda ; Glen ou Glenda, c'est un film ou Ed raconte indirectement sa vie, notamment le fait qu'il aime se déguiser en fille (Il a avoué avoir fait la guerre en portant des dessous féminins...D'où sa peur de se faire blesser au combat).
Lugosi est montré lui aussi comme un utopique, suivant Wood dans ses délires cinématographiques, par amitié pour l'homme, mais aussi par passion pour l'art. Et il n'est pas le seul à suivre ainsi le réalisateur : Burton nous présente toute la troupe de Ed Wood, souvent ses amis, aussi tarés que lui, qui vont toujours être la quand il s'agira de boucler en trois jours le tournage d'un nouveau film. C'est un peu une cour des miracles, qui ira jusqu'à se faire baptiser collectivement pour que l'artiste manqué puisse tourner Plan 9, financé par des catholiques. Wood se débrouille (?) avec rien, il reprend des images d'archives, fait des décors en carton (oui, VRAIMENT en carton.),...Mais il est toujours persuadé qu'il pourra réussir.


Ed Wood trouvera toujours des dingues pour tourner avec lui, et partageant souvent sa passion et son utopisme. Sur la seconde image, sortie de la séquence du film de Burton parlant du tournage de Plan 9 from outer space, nous voyons Tor Johnson, un catcheur découvert par Wood avant le tournage de la fiancée du monstre, et adoré pour son aspect brutal, et Vampira, une présentatrice de télévision un peu cintrée, que Wood adorait, et déchue à l'époque ou elle tourne dans plan 9.

Lugosi, donc, tournera pour Wood, qui s'accusera de ne pas pouvoir lui donner plus d'argent afin de l'aider ; Bela finalement sombrera dans une sorte de démence, et ira de lui même s'interner en hôpital de désintoxication. Il s'en fera virer peu après par manque de moyens, et mourra dans la misère. Ce personnage, ce fantôme d'acteur qui cherche désespérément à retrouver sa gloire passée et qui s'est emprisonné dans son rôle le plus réussi (Dracula), est excellement bien rendu par Martin Landau, et Burton lui donne une place importante dans le film ; encore une fois, il ne force pas notre pitié, mais jamais le personnage de Lugosi n'est vraiment ridicule, il est au contraire très touchant. Les plus belles scènes du film tournent autour de ce personnage, et résultent sur une séquence superbe ou Ed, après l'enterrement de son ami, regarde en boucle, seul dans une salle, une séquence très courte qu'il avait tourné du vieil acteur, afin de faire croire à celui ci qu'un nouveau film était en préparation : sur la fin de sa vie, il ne restait à Lugosi que le cinéma et Edward.


Bela Lugosi, montrant à Ed Wood comment on manipule les esprits. Drôle dit ainsi, mais une scène sublime et prenante dans le film.

Si Burton lui donne une telle importance, c'est probablement par ce qu'a travers la relation Wood/Lugosi, il retrouve un peu la relation que lui même avait avec Vincent Price. Vincent Price, un autre acteur fantastique (qui a peut être un talent plus égal que celui de Lugosi, même si les Dracula de ce dernier restent particulièrement géniaux pour moi), dont Burton était fan, et qu'il a fait joué alors que l'acteur était en fin de carrière ; il fait le narrateur dans le court métrage "Vincent", et joue l'inventeur dans "Edward aux mains d'argent". Il mourut peu après ce film ; comme Lugosi qui meurt lors du tournage de Plan 9. Burton semble donc se retrouver en Ed Wood, d'une certaine façon ; c'est probablement pour cela que ce film est le préféré de sa filmographie par le réalisateur. Nous pouvons ajouter que Burton avait commencé le tournage d'une série d'entretiens avec Price sur sa vie, mais que l'acteur est mort avant que le projet soit achevé : ce projet non fini avec l'acteur idolâtré est donc encore un point commun entre Ed Wood et Burton, et dans sa passion cinématographique déviante et franchement étrange, effectivement nous pouvons considérer que les deux hommes se retrouvent.

Ce court extrait de film sera intégré par Wood dans son long métrage Plan 9 from outer space, qui est donc le dernier des trois films abordés par le biopic de Burton.


Tout le monde écoute le réalisateur...On remarquera le regard concentré de Lugosi, qui reprend vie lorsqu'il s'évade dans son monde cinématographique.

Le tournage de Plan neuf est l'occasion de montrer jusqu'ou Wood peut aller pour faire un film ; il fera baptiser toute son équipe pour pouvoir être financé par des catholiques. Ed Wood les a en effet convaincus de faire un film avec lui, car cela, selon lui, plaira au gens et rapportera de l'argent ; les religieux seront alors en mesure de réaliser leur projet de 12 films sur les apotres (Finalement, le succès de ce plan fut tout relatif. Le film de Wood était bien trop mauvais pour rapporter quoi que ce soit). De plus, Wood montre sur ce tournage jusqu'ou il peut aller pour défendre sa vision, ce qui encore une fois peut rappeler Burton sur le tournage de Batman Returns, qu'il n'avait accepté de tourner que si les studios lui laissaient une presque complète liberté artistique : cela avait fait beaucoup parler, et critiquer). Nous verrons à nouveau, comme avec les autres tournages, les astuces de Wood pour faire ses films sans argent : des cannes à pêche permettent de faire voler les maquettes de soucoupes en carton, trois objets étranges posés aléatoirement font croire à un vaisseau spatial...Le sommet étant atteint lors du tournage de la fiancée du monstre, quand Wood volera, aidé par son équipe, une pieuvre géante dans les locaux d'un autre film, afin de s'en servir. Cependant, il oubliera de voler le moteur de la pieuvre, et Lugosi devrai lui même agiter les tentacules de la créature pour faire croire qu'elle bouge...

Bref ce film atteint son but ; c'est un vibrant hommage au cinéma de série B, Burton fait en sorte qu'on s'attache a Wood (Depp aide bien aussi, son interprétation est magistrale, comme souvent pour lui, et comme toujours quand il travaille avec Burton), et dans ce film, on ne peut s'empêcher de pense a la propre vie de Burton, et à son œuvre, si on la connais un peu : Edward est un nom qui revient régulièrement dans ses films (Edward aux mains d'argent, Big Fish), le design des soucoupes de Wood inspirera celui des vaisseaux martiens de Mars Attacks !, au générique faisant encore une fois fortement référence au réalisateur fauché...Et le coté dévorant de la passion de Wood pour le cinéma rappelle l'amour de Pee Wee pour son vélo, ou Batman prenant doucement le pas sur Bruce Wayne.


Les soucoupes volantes de Mars Attacks, avec leur forme un peu en cigare, hommage à Wood et à son Plan 9.

On pourra bien reprocher que Burton romance un peu certains éléments de la vie de wood ; il organise une rencontre avec Orson Welles (Réalisateur de Citizen Kane, et lui aussi acteur, monteur, producteur et scénariste), il lui donne une première a succès pour Plan 9...Mais cela au final rend plus puissant l'hommage à Wood et, par son intermédiaire, au cinéma.
Welles avait du talent, Wood non. Nous pouvons faire la même remarque pour Ed Wood et Tim Burton, et on ne s'étonne nullement que ce dernier ait si bien compris Edward : les adorateurs de cinéma se comprennent entre eux.

J'ai eu la chance de voir ce film sur grand écran, lors d'une rétrospective : c'est un moment extraordinaire, et que je souhaiterais à chacun d'entre vous.



Deux grands, très grands noms du cinéma. Si si !

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